Comment choisir ses chaussures de trail, le dossier ultime

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Je pratique la course à pieds et le trail depuis un certain temps, et je teste et ai testé de nombreuses chaussures de trail que ce soit pour Journal du Trail ou pour des magazines spécialisés. Vous trouverez ici une liste de critères à prendre en compte pour choisir une chaussure de trail, ce qui la distingue d'une chaussure de running classique et les points à surveiller avant de faire votre choix. Il faudra considérer la distance prévue, le terrain sur lequel vous allez courir, les conditions météorologiques ainsi que votre profil de coureur. Entre autres.

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Les caractéristiques techniques d'une chaussure de trail

L'accroche

C'est sans doute la caractéristique la plus importante pour une chaussure de trail. En effet, courir sur le bitume ne requiert pas pour la chaussure une tenue de route particulière. Il faut en effet éviter de trop glisser sur les bandes blanches ou les plaques d'égouts lorsqu'il pleut, mais sur route les conditions délicates se limitent à ça. En trail par contre les conditions peuvent être très différentes. Monter un raidillon plein de boue ou descendre un col sous la pluie est une autre histoire. Il faudra donc que la chaussure de trail accroche. Cela passe par des crampons bien marqués et une gomme adaptée.

l'accroche des salomon speedcross

L'accroche passe souvent par une semelle cramponnée comme ici sur les Salomon Speedcross un modèle iconique des chaussures de trail Salomon.

La protection de la chaussure

On va considérer deux type de protections. Celle contre les éléments et celle contre le terrain. La chaussure est avant tout là pour protéger le pied de l'extérieur, on ne court plus pieds nus comme à l'époque des chasseurs cueilleurs même si quelques originaux aiment parfois le faire. Il est rare d'avoir froid aux pieds lorsqu'on court, même sur la neige. Pour autant on appréciera une tige et un tissu un peu plus épais l'hiver aussi parce qu'elles protégeront des éclaboussures. Les marques proposent parfois un modèle "membrané", en goretex par exemple, qui tout en étant imperméable apporte de la thermicité supplémentaire. Attention cependant il ne faut pas être dupe, les chaussures imperméables ne le sont pas longtemps. Le confort est réel le temps d'un footing contre quelques flaques d'eau mais s'il pleut et que vous partez pour une course de plusieurs heures l'eau entrera toujours par la jambe. Encore plus embêtant, ces membranes sont beaucoup moins respirantes que les tissus classiques. Elles ne sont donc pas à conseiller sur les ultras car elles sèchent beaucoup moins vite, et vos pieds de la même manière.

Le Mesh de l'Asics Trabuco 7

Sur ces Asics trabuco on voit qu'une chaussure de trail est autrement plus protectrice qu'une chaussure de route. Avant du pied, renforts latéraux, double couture. Retrouvez nos tests des chaussures de trail Asics.

La chaussure de trail doit aussi protéger contre le terrain. Si votre terrain d'entraînement est rocailleux et sec vous ne choisirez pas les mêmes chaussures que pour un terrain forestier fait de terre et d'humus. Surveillez ainsi l'avant de la chaussure qui sera équipé d'un pare-pierre conséquent prolongé sur les côtés du pied. De la même manière, le dessous de la chaussure devra être assez rigide ou structuré contre l'agressivité des pierres au delà d'avoir une semelle cramponnée (voir ci-dessous la semelle).

La stabilité et le maintien

On ne court pas sur du bitume comme on court sur un sentier de montagne, c'est l'évidence. Le même sentier est parfois pentu, parsemé de cailloux et piégé de racines et de zones glissantes. Une semelle souple et un amorti agréable qui seraient un avantage lors d'un 10km ou d'un semi sur route poseront problème en trail. Là, c'est aussi une question de ressenti et il faudra essayer la chaussure. Elle doit être très "saine" sous le pied, ne pas vriller en dévers, le talon doit être bien tenu et les doigts de pieds assez à l'aise à l'avant. Vous devez être en pleine confiance à l'intérieur car vous aurez autre chose à gérer sur le sentier que de savoir si votre pied est bien tenu.

Respirabilité versus imperméabilité

J'en ai déjà parlé dans le rôle protecteur de la chaussure. Une des questions qui revient le plus souvent concerne l'utilisation ou non de chaussures goretex en trail, ce qui est une question pertinente lorsqu'il pleut ou que le terrain est très humide. Il existe d'ailleurs d'autres technologies de ce qu'on appelle les membranes imper-respirantes. Une chaussure de trail en goretex sera effectivement assez agréable en début de course, c'est efficace l'eau n'entre pas. Il faudra juste éviter que l'eau passe par dessus la cheville car alors c'est trop tard. "Évidemment" allez vous dire. Ce n'est pas simplement parce-que l'eau est entrée que c'est un problème, mais plutôt parce-que la membrane goretex est beaucoup moins efficace pour évacuer l'eau qu'un tissu classique en général assez fin voire ajouré. Une fois l'eau dans la chaussure une goretex sèche très mal. Sur les courses longues ou lorsqu'il pleut l'eau coule par la jambe et trempe la chaussette puis l'intérieur de la chaussure. Pour ces raisons, les chaussures de trail en goretex (ou une autre technologie de membrane) sont une mauvaise idée et je ne les recommande pas. Je ne connais d'ailleurs pas de coureurs utilisant des chaussures de ce type en course. S'il pleut et que vous partez pour plus d'une ou deux heures, encore plus si vous partez sur un UltraTrail utilisez plutôt des chaussures classiques qui permettront à votre pied de respirer et de sécher après la pluie.

Des chaussures relativement imperméables

Les Saucony Peregrine ST sont des chaussures relativement imperméables sans pour autant être en goretex. Voir les différents modèles et nos tests des chaussures de trail Saucony.

C'est plutôt du coté des chaussures aérées, respirantes, qu'il faut se pencher. C'est assez contre-intuitif car on n'imagine pas partir en randonnée avec des chaussures qui prendraient l'eau. Pourtant, puisque l'eau finit toujours par entrer il faut lui donner la possibilité de sortir facilement. Autant en hiver on peut conseiller des chaussures chaudes, autant s'il pleut et en été surtout des chaussures respirantes sont préférables.

Les Salomon Slab Sense, des chaussures de trail très respirantes

Salomon est connu pour sa gamme de trail Slab très performante, légère et respirante. Ici les fameuses Salomon Slab Sense développées par Kilian Jornet.

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Quelle pointure pour une chaussure de trail

On entend souvent parler de la nécessité de prendre des chaussures plus grandes en trail. L'argument tient dans le fait que le pied gonfle et qu'il lui faut plus de place, qu'il faudrait prendre une ou deux pointures de plus. Je n'en suis pas certain. On pourrait plutôt acter qu'on utilise souvent des chaussettes plus épaisses que dans des chaussures de ville. En ce qui me concerne je prends en effet 1/2 voire 1 pointure de plus au maximum selon la marque ou le modèle de chaussures et dans ce cas c'est plutôt lié à la variabilité de cette unité assez mal définie qu'est la pointure. A pointure équivalente je vais par exemple me sentir plus à l'étroit dans des Saucony Peregrine que dans des Hoka SpeedGoat.

Je prend donc un peu plus grand, principalement pour avoir plus de confort. Pensez aussi que les semelles orthopédiques si vous en avez vont sans doute occuper plus d'espace que la semelle de propreté intégrée par le fabricant de la chaussure. J'entends aussi parfois qu'il faudrait prendre "nettement" plus grand pour éviter que le pied et les orteils touchent ou tapent en descente mais rien n'indique que cela réduise les risques d'ampoules. Cela dépend vraiment de chacun. J'ai souvent constaté des coureurs avec des ampoules alors qu'ils avaient pris 2 pointures de plus en pensant que ça allait régler leur problème, et l'inverse aussi. Mon conseil général, essayez la chaussure avec des chaussettes un peu épaisses (celles de la course). Si vous pouvez glisser deux doigts (conseil approximatif) entre votre talon et la chaussure ça suffit.

L'amorti

Lorsqu'on court sur route, sur le bitume, on va privilégier des chaussures proposant de l'amorti. C'est assez naturel, il s'agit quand même de marteler le sol avec ses pieds. Les meilleurs coureurs, ou ceux qui ont l'expérience et une foulée efficace pourront se contenter d'une chaussure plus légère, mais sur les longues distances il faut du confort. En trail, la problématique est un peu différente. Le terrain est en général moins dur et plus varié, on court moins longtemps d'une seule traite et on alterne avec la marche. Le besoin n'est pas le même et les chaussures de trail seront naturellement moins amorties. On voudra ou on préférera aussi une chaussure plus basse, plus proche du terrain pour de meilleures sensations et plus de précision dans les zones techniques où la pose du pied doit être travaillée. Il suffit en effet de regarder les modèles les plus légers ou destinés aux "courtes" distances: ce sont des chaussures plus fines et plus légères que les modèles équivalents "performance" sur route.

La Hoka EVO Mafate

Les chaussures de trail Hoka sont connues pour l'épaisseur de leur semelle et l'amorti associé. Ici une Hoka Evo Mafate.

La semelle externe

C'est peut-être une des plus importantes caractéristiques d'une chaussure de trail. Autant sur route il suffit d'une semelle qui ne glisse pas trop sur les pavés humides, autant en trail la chaussure devra offrir quelques qualités supplémentaires. On distingue alors deux choses:

> La matière de la semelle qui devra avant tout glisser le moins possible et ce n'est pas simple: rocher humide, racines, herbe, boue... on parle d'adhérence. Les marques tentent régulièrement des innovations, mais il est difficile de se faire une idée sur l'efficacité d'une nouvelle gomme sans l'avoir testé. Des marques spécialisées proposent aussi de s'en occuper pour les fabricants de chaussures : Vibram, Michelin sont efficaces comme Inov8 avec sa techno graphène (voir ici nos tests de chaussure de trail Inov8). Dans ce cas on peut-être assez confiant lorsque la technologie est connue (je pense surtout à Vibram) ou qu'on l'a déjà expérimentée sur un autre modèle de chaussure.

Des chaussures de trail avec semelle en vibram

Les chaussures Arc'teryx sont en général montées en Vibram

> Ensuite les crampons. C'est autre chose. Une chaussure efficace sur terrain rocailleux ne le sera pas dans une forêt boueuse. L'espacement des crampons entre eux permettra de griffer la terre, facilitera le débourrage, évitera simplement qu'on glisse. La hauteur des crampons aussi. Évidemment les modèles performants seront aussi plus fragiles dans la durée, des crampons isolés et marqués s'usent beaucoup plus vite. Les chaussures les plus efficaces sur ce point proposent des crampons qui peuvent atteindre 8mm.

Les crampons de la X-Talon G 235

Les crampons d'une paire de chaussures Inov8 destinée aux terrains gras.

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Le drop

Ce terme est apparu relativement récemment dans le glossaire des coureurs. Le drop c'est la différence de hauteur entre le talon et l'avant de la chaussure. Le talon est toujours plus haut que l'avant dans la majorité des cas, dans le trail ou dans le running en général il varie entre disons 4mm et 12mm. Quelques marques proposent des chaussures avec un drop nul mais c'est plutôt rare (Altra, Topo, Merrell). On pourrait se demander pourquoi les chaussures possèdent ce drop, qui est évidemment dû au talon plus haut, puisque de tout temps dans l'histoire de l'humanité, nous avons marché pieds nus (et donc à plat). Peut-être que de marcher au quotidien avec des chaussures nous a habitué à en avoir, tant culturellement que physiologiquement.

Les Altra Lonepeak, zéro drop

Altra, la marque américaine qui s'est spécialisée sur les drop 0, zéro, nada, nul! Ici une Altra LonePeak.

Une autre explication, la grande majorité des coureurs a une foulée qui talonne, c'est le talon qui touche le sol en premier. On privilégiera alors un amorti plus important à l'arrière. A l'inverse les coureurs qui ont cette foulée plutôt "médio pied" à plat, ou plus rarement sur l'avant des pieds comme les sprinteurs, ont moins besoin du talon qui peut d'ailleurs gêner leur foulée. C'est surtout une question de sensation pendant la course et il n'y a pas de recommandation à faire sur ce point. On notera aussi que le drop faible engendre un stress supplémentaire à la base du mollet lorsqu'on n'est pas préparé à cela: ne décidez pas de le faire du jour au lendemain.

Selon la distance ou le type de course

Le trail est un terme générique. Pourtant, courir un 20km en forêt d'Ile de France (oui c'est un trail) et courir un Ultra Trail de 160 ça n'est pas tout à fait la même chose. On peut même considérer que c'est un sport différent, et les chaussures seront choisies en conséquence.

Les chaussures pour les trails courts

Les Salomon Slab Sense, des chaussures faites pour les trails plutôt courts ou rapides.

Sur les distances courtes, surtout si on dispose de certaines qualités de vitesse, on va VITE. Pour rebondir sur la nature du terrain dont je parlais plus haut, l'amorti de la chaussure est secondaire et on voudra quelque chose d'assez nerveux, idéalement avec du grip selon le terrain. Pour cela on choisira carrément la chaussure du coureur élite et par exemple des Salomon Slab Sense SG, des Dynafit Feline Up Pro, des Inov8 ou encore des Hoka EVO jawz.

Les chaussures pour les ultra trail

Hoka Evo Speedgoat de profil

Les Hoka Speedgoat, plutôt pour les longues distances.

Sur un Ultra on va devoir courir longtemps et sur un terrain plutôt varié. Avec la distance et la fatigue on n'aura clairement plus les mêmes capacités à gérer le terrain, encore moins une foulée de coureur. La chaussure n'aura pas besoin d'être particulièrement dynamique et devra surtout être plutôt polyvalente pour gérer les variations de terrain. Elle devra aussi être robuste et protectrice. On s'orientera vers des chaussures qui peuvent s'approcher, sur certains points, de chaussures de randonnée car on marche aussi beaucoup en Ultra. On se tournera alors vers des NewBalance Hierro, des Hoka SpeedGoat, des Asics Trabuco, des Salomon Ultra, des Saucony Xodus.

Les courses nature

La course nature est en réalité le vrai trail. Courir en pleine nature, sur les sentiers, ne pas se limiter à la route et au bitume. Quel que soit le terrain et où que l'on soit tant que le sentier est assez large pour laisser passer une personne. Certains diront que le sport se pratique en montagne mais en réalité c'est bien dans les campagnes, en forêt et en alternant singles, étroits sentiers, pistes forestières et routes de campagne pour les liaisons que les traileurs pratiquent en majorité. Le choix de la chaussure dépendra vraiment de la saison et de la région où vous vivez. En hiver en Bretagne il faudra des chaussures avec de bons crampons pour le gras, l'été dans le sud des chaussures de route pourraient presque convenir si le terrain n'est pas trop rocailleux. Des chaussures moyennement cramponnées mais avec une semelle Vibram par exemple suffiront dans la majorité des cas.

Une chaussure pour chaque terrain?

En été ou en hiver le terrain ne sera évidemment pas le même, surtout dans nos régions où la terre est prédominante. Ainsi l'été on peut quasiment courir en chaussures de running en forêt lorsque le sol est sec, mais l'hiver venu c'est une autre histoire. Un sol gras est difficile à gérer sans des crampons, d'autant plus que le terrain est pentu.

Je vous présente ci-dessous quelques modèles adaptés selon le terrain. C'est toujours en général la qualité de la semelle qui fera la différence

  • Terrain humide: pas besoin d'avoir une semelle très cramponnée mais plutôt une gomme efficace. On sera amené à passer sur des cailloux, parfois même des pavés. Je suggère des chaussures des marques Asics (dernières Trabuco), inov8 avec le graphène, les semelles Michelin qui fonctionnent bien comme Mizuno, et aussi Vibram
  • Terrain gras: là, c'est surtout le dessin de la semelle qui compte, des gros crampons bien marqués même si la gomme n'est pas optimale. Les SpeedCross ou SpeedTrak Salomon, les Inov8 X-Talon ou MudClaw, la Peregrine ST.
  • Terrain roulant: En dehors des considérations météorologiques, un terrain roulant est en général peu technique. On peut se contenter de chaussures de running classiques.
  • Terrain technique (sec ou non): on parle tout simplement de chaussures de trail qui doivent offrir un bon maintien ET avec une gomme efficace, adhérente. Le cramponnage est secondaire. Je recommande ici les chaussures faisant partie de mes chaussures préférées des derniers temps: La Dynafit Feline Up Pro, la SpeedGoat EVO, les Millet Light Rush.

 

Pour plus d'informations et pour vous aider à choisir, je vous suggère de consulter la liste de tous nos tests de chaussures de trail ainsi que deux fois par an les soldes de chaussures de trail.