Enfin bien cramponnée
La Hoka Stinson 8, c’est la 8e édition de la maximaliste d’ultra de la marque, et pour une fois la nouveauté se voit sous la semelle : fini les gros pavés typés gravel de la 7, place à de vrais crampons de 3 à 4mm. Avec 318g sur ma balance, 5mm de drop, une mousse EVA plutôt ferme et un stack que j’estime à plus de 40mm, elle reste fidèle à l’ADN de la gamme... mais la grosse se met enfin au trail. Je l’ai emmenée en montagne, je l’ai comparée à la 7 et à ma toute première Stinson ATR (celle de ma TDS 2015), et je vous donne mon avis.
📷 Le test complet des grosses Hoka Stinson 8 | Enfin bien cramponnée
Caractéristiques Hoka Stinson
- Prix catalogue 180€
- Poids 365g
- Drop 5mm
- Mousse EVA compressé moulé
Usage: La Hoka Stinson, c'est la chaussure de trail la plus amortie chez Hoka. Pour les longues distances sur terrain peu technique (gros confort mais crampons justes).
Points forts: Amorti, protection, stabilité correcte
Points faibles: Poids important, accroche dans le gras
Note: 3.75/5
Comparateur de prix Journal du Trail
Huitième édition de la Stinson, presque une par an, et toujours aussi grosse. Pour bien m'en rendre compte, j'ai ressorti du placard ma toute première Stinson ATR (je garde toutes mes chaussures, sauf quand elles sont détruites) et je l'ai posée à côté de la nouvelle. En 10 ans, la silhouette n'a pas tant bougé que ça : du volume, beaucoup de stack, une semelle très large.
Ce qui change vraiment cette année, c'est ce qu'il y a sous le pied. Avec la Hoka Stinson 8, la marque abandonne le profil typé gravel de la version précédente et lui colle de vrais crampons. Je suis évidemment allé vérifier en montagne, avec en bonus une sortie le lendemain en rechaussant la Stinson 7 pour comparer les deux au pied.
Dix ans de Stinson (et un peu de sang sur la cheville)
Cette première Stinson ATR, je l'ai gardée pour une bonne raison : j'ai couru la TDS 2015 avec. Rien qu'en la tenant en main, on sent le poids, 333g, avec bcp de structure et de matière partout. À l'époque, elle avait marqué les esprits parce qu'elle était à la fois très stackée et très très large en dessous, donc stable. Je me souviens aussi d'un frottement au niveau de la cheville : j'avais fini la course avec un peu de sang qui dépassait... J'ai dû faire une centaine de kilomètres avec, un peu plus, et elle est bien usée. Honnêtement, pas grand monde partirait aujourd'hui sur un ultra avec une chaussure de 330g et si peu de crampons.

La Hoka Stinson 8 ci-dessous, la Hoka Stinson 7 ci-dessous

Depuis, Hoka a laissé tomber le suffixe ATR : c'est la Stinson tout simplement, Stinson 8. Sur la Stinson 7, il y avait encore cette espèce d'aileron à l'arrière du talon, que je n'ai jamais compris (d'ailleurs il a disparu des gammes récentes chez Hoka). La 7 était aussi clairement typée gravel, avec de gros pavés faits pour coller sur la caillasse et le bitume, mais pas trop dans la terre. Gravel, trail... les termes évoluent, ils apparaissent à la mode, alors qu'il y a 10-12 ans je serais largement parti sur la TDS avec ce genre de semelle. C'est assez subjectif tout ça, mais aujourd'hui on catalogue les produits, et la Stinson 7 rentrait plutôt dans la case gravel. Lourde aussi : 360g sur ma balance, c'est énorme.
Reste le prix, et là je suis un peu critique. 180€, c'est cher. Oui, il y a bcp de matière, et on comprend qu'une chaussure aussi volumineuse ne se vende pas au rabais. Mais la Torrent5 est à 145€, et sur une chaussure de 2026 dont les technologies commencent à dater (une mousse EVA, un mesh un peu à l'ancienne), je m'attendrais plutôt à un tarif en baisse.

La Stinson dans la gamme trail Hoka
La gamme trail Hoka est très large. Pour aller vite, il y a la Zinal 3 (242g, 180€). Pour tout faire, la Torrent 5 (145€) et la Challenger 8 (150€), cette dernière plutôt polyvalente route-trail. La SpeedGoat 7 (160€) reste le modèle polyvalent technique de la marque, et la Mafate 5 (180€) le 4x4 pour les longues distances, avec au-dessus la Mafate X (225€) et la Tecton X4 (250€) pour ceux qui veulent de la plaque et de la performance.

La Stinson, elle, occupe une case à part : c'est la chaussure de trail la plus amortie chez Hoka (plus que la Mafate X), le modèle maximaliste par excellence. On la destine aux longues distances, de 40 à 80km et à l'ultra, sur des terrains pas trop techniques, pour ceux qui cherchent avant tout du confort et un amorti qui gomme tout. Petite remarque au passage : la nouvelle Torrent 5, que je teste en parallèle, a pris 5mm de stack. On voit bien que toute la gamme monte en épaisseur, mais la Stinson garde une bonne longueur d'avance à ce niveau.
Les caractéristiques techniques
Premier chiffre, et bonne nouvelle : la Stinson 8 pèse 318g sur ma balance, contre 360g pour la 7. Ça évolue dans le bon sens, mm si au fond on reste dans la même catégorie de poids que la toute première version (330g environ). Les technologies changent, les chaussures restent à peu près dans les mêmes tranches... Si vous étiez sceptique sur la Stinson 7 à cause de son poids, ça vaut le coup de regarder cette v8.

Le drop est de 5mm, comme sur la version précédente. Hoka n'indique pas le stack, je l'évalue à au moins 40mm, probablement un peu plus. La semelle intermédiaire est en EVA compressé moulé, une mousse qui commence à dater un peu et qui reste assez ferme par rapport aux standards actuels. Ceux qui sont fans du produit retrouveront leurs repères.
L'empreinte au sol est toujours très très large. Je l'ai comparée à la toute première version, qui était déjà très large, et c'est comparable. Par contre, la Stinson 8 a perdu de la largeur par rapport à la 7, et pas qu'un peu à l'arrière : presque 1cm de moins au talon. On verra ce que ça donne en stabilité, sachant que la largeur au sol ne fait pas tout, la structure autour du pied compte aussi.

La vraie nouveauté, c'est la semelle extérieure. On passe d'un modèle polyvalent route-trail, clairement gravel, avec de gros pavés, à de vrais crampons de 3 à 4mm. Ce n'est pas du Vibram, mais c'est la majeure évolution de cette version. Les crampons ont une forme tout en largeur, un peu comme des petits tirets.
Côté tige, on a un mesh un peu à l'ancienne, avec de la matière sur les côtés pour le maintien et la stabilité. Le talon est assez étroit et échancré en V. La languette est une sorte de mesh légèrement rembourré, pas très épaisse, et les lacets sont classiques, plats et un peu longs. Pas de passant pour les ranger (j'y reviens plus bas). Le tout pour 180€.

Premier chaussant
La taille est correcte, normale, ni trop grand ni trop petit. La languette est confortable, et une fois serrée, le pied est plutôt bien calé, bien maintenu, avec de la place à l'avant. La malléole n'est jamais très loin : la tige vient toucher sa base, sans que ce soit gênant (on est loin de ma TDS 2015).
Petit regret, comme dab : il manque un passant pour ranger les lacets, qui sont en plus un peu longs. Je suis assez critique des marques qui n'intègrent pas ce petit détail qui évite aux lacets de partir dans tous les sens, voire de se défaire. Franchement, ça coute rien. A défaut, on bricole avec un double nœud ou en les glissant sous les lacets croisés, mais bon...

Sous le pied, la semelle n'est pas trop moelleuse, on sent de la fermeté dès les premiers pas. Bonne impression d'ensemble pour un premier chaussant : la chaussure est très confortable, pas de pression particulière, et la tige fait bien son travail.
Le test terrain
Confort de course
Petit aparté d'abord : beaucoup confondent confort et amorti. Le confort, c'est la sensation du pied dans la chaussure, les éventuels points durs, le plaisir à la porter, l'enveloppe autour du pied. Ce n'est pas seulement une question de moelleux de la semelle, l'exemple parlant : des charentaises c'est confortable.

De ce point de vue, au départ, la Stinson 8 est très agréable. Mais dans la montée, je retire un peu ce que j'ai dit : je commence à sentir des fourmillements à l'avant, sous la base des orteils. C'est assez classique quand la semelle de propreté ne fait pas d'empreinte du pied, mais c'est un peu un paradoxe ici. La chaussure chausse plutôt large, le fit est tolérant, et normalement quand le chausson est large, il y a de la place pour les métas et on n'a pas ce pb. Comme quoi, un test ne se limite pas à chausser les chaussures en bas de chez soi... Il faudra voir si ça se tasse avec le temps, ou travailler un peu la semelle de propreté.
Efficacité sur le terrain

L'amorti, lui, est excellent. Je sais que bcp préfèrent les semelles très moelleuses, mais je trouve qu'un peu de fermeté rend la mousse plus efficace quand on tape fort, parce qu'elle arrive moins vite en butée. J'aime bien les semelles un peu fermes pour cette raison, et en prime ça donne de la stabilité : la semelle ne bouge pas trop. C'est protecteur sous le pied, et plutôt satisfaisant.
Attention quand mm : une semelle ferme qui ne bouge pas, c'est rassurant jusqu'au moment où il y a trop de pente dans un dévers. Là, ça part d'un coup, sans signal d'alerte, alors qu'une mousse très moelleuse s'affaisse un peu avant et prévient. Le maintien est bon. Personnellement j'aime bien quand ça bouge un peu plus sous le talon, mais dans l'ensemble je pense que ça peut plaire à pas mal de monde.

En descente forte, c'est là qu'elle prend tout son sens. On est en sécurité, on ne sent rien du tout sous le pied. C'est typiquement la chaussure d'ultra pour la fin de course, quand on n'a plus de quadriceps, plus rien. Évidement, si vous cherchez de la perception proprioceptive comme on dit, ce n'est pas ça qu'il faut.
Sensations dynamiques
Ce n'est pas la plus dynamique des chaussures, elle n'est pas faite pour ça. Mais ce n'est pas désagréable de courir avec pour autant. Autre paramètre qu'on oublie un peu : les mousses EVA ont tendance à durcir au bout de 300 à 400km, ce qu'on voit moins (en théorie en tout cas) sur les mousses récentes à base de Pebax. On peut donc s'attendre à ce que la Stinson finisse par taper un peu, mais il y a tellement d'épaisseur qu'elle fera toujours à peu près le job en termes d'amorti (et non pas de moelleux).

Le lendemain, je suis ressorti avec les deux versions aux pieds, une Stinson 7 et une Stinson 8, pour comparer. La 7 est sensiblement plus ferme, je le perçois rien qu'en marchant. Moi qui trouvais la 8 plutôt ferme pour une chaussure de cette catégorie, finalement pas tant que ça à côté de sa grande sœur. Elle reste plus ferme que la concurrence, une Caldera 8 ou une Trabuco Max 5 par exemple. En chaussant, c'est assez comparable, la Stinson est peut-être un poil plus large dans l'ensemble.
Je dirais que la 8 est plus intermédiaire. La 7 était très ferme mais aussi plus stable, grâce à cette semelle plus ferme et plus large à la base : très posée, très calée au sol. La 8 est un chouya plus tolérante, un peu plus moelleuse, avec une assise plus réduite et un peu plus de précision.
Accroche

Les crampons sont très bons. Je n'ai pas testé en conditions très humides, très grasses ou sur des dalles, donc faut voir de ce côté-là. Mais leur forme tout en largeur, comme des petits tirets, bloque bien le pied en descente. On est clairement sur une Stinson plus typée trail que la précédente, dont les gros pavés n'étaient pas tout à fait adaptés.
Usage type, distance, terrain
La Stinson 8 est destinée à l'ultra, et aux coureurs qui veulent vraiment un très gros amorti, sur des distances de 40 à 80km et au-delà. Grâce aux nouveaux crampons, je partirais volontiers sur une course de trail avec, là où la Stinson 7 avait plus de mal. Sur terrain très technique, ou si vous aimez sentir le sol, on préférera autre chose. Bref, c'est une chaussure que "je trouve bien". Oui, niveau vocabulaire on a connu mieux, mais c'est le résumé le plus honnête que j'ai trouvé sur le moment. En face, on retrouve la Brooks Caldera, l'Asics Fuji Trabuco Max, la Saucony Xodus Ultra ou encore la Salomon S/Lab Ultra Glide, toutes sur le créneau de l'ultra très amorti.
Ce que j'aime, ce que j'aime moins
Ce qui me plaît sur cette Stinson 8, c'est d'abord ce bon amorti ferme qui ne s'écrase pas quand on tape fort, la sécurité qu'elle procure dans les grosses descentes, et ces crampons qui en font enfin une vraie chaussure de trail. J'apprécie aussi les 40g perdus par rapport à la 7 et le léger gain de précision sous le pied. Côté bémols, je regrette l'absence de passant pour les lacets (un classique qui m'agace), les petits fourmillements sous l'avant-pied malgré un chaussant plutôt généreux, et un fit qui peut sembler un peu large pour certains pieds. Le prix me chiffonne également : 180€ pour une EVA et un mesh qui commencent à dater, c'est beaucoup. Enfin, la stabilité un peu moins rassurante que la 7 dans les dévers, avec cette semelle qui lâche d'un coup sans prévenir, demande d'être vigilant.

FAQ
La Stinson 8 taille-t-elle normalement ? Oui, j'ai pris ma taille habituelle et c'est ni trop grand ni trop petit. Elle chausse plutôt large avec un fit tolérant, donc les pieds fins pourront lui trouver un petit manque de tenue.
Qu'est-ce qui change par rapport à la Stinson 7 ? Surtout la semelle extérieure : on passe de gros pavés typés gravel à de vrais crampons de 3 à 4mm. Elle est aussi plus légère (318g contre 360g sur ma balance), un peu moins ferme, et presque 1cm plus étroite au talon, ce qui la rend moins posée mais un peu plus précise.
Peut-on l'utiliser en terrain gras ? Je ne l'ai pas encore testée dans la boue ou sur des dalles mouillées, donc je reste prudent. Les crampons accrochent bien sur le sec et en descente, mais ce n'est pas du Vibram, faut voir ce que ça donne quand ça glisse vraiment.
En résumé
La Hoka Stinson 8 a assez peu de défauts. C'est une très bonne chaussure dans la limite de son usage : l'ultra, et les coureurs qui veulent un très gros amorti. Pas très dynamique, mais ce n'est pas ce qu'on lui demande. Par rapport à la 7, elle est plus légère, un peu plus moelleuse, un peu moins large à la base, et surtout ses crampons changent tout. La où la Stinson 7 avait du mal dès qu'on quittait la caillasse, je partirais volontiers sur une course de trail avec la V8. Reste un prix un peu élevé pour des technologies qui commencent à dater, une petite gêne sous l'avant-pied à surveiller sur la durée, et ce fameux passant de lacets qui manque toujours. Si vous cherchez la protection avant tout pour finir un ultra sans quadriceps, la Stinson 8 mérite clairement d'être sur la liste.
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