Et le retour vibrant de Xavier Thévenard
La vallée de Chamonix a été le théâtre d'une des éditions les plus épiques de son histoire. Revivez le dantesque 90 km du Mont-Blanc 2026 : un duel d’anthologie sous la canicule entre Louison Coiffet et Ben Dhiman, l’exploit historique de Candice Fertin-Baccon et le retour vibrant de Xavier Thévenard.
📷 90 km du Mont-Blanc 2026 : Louison Coiffet et Candice Fertin-Baccon au sommet ! | Et le retour vibrant de Xavier Thévenard
Les photos sont de David Gonthier.
Le vendredi 26 juin 2026, la vallée de Chamonix est redevenue le centre névralgique du trail mondial lors d'une édition du 90 km du Mont-Blanc qui restera gravée dans les mémoires. Sous une chaleur accablante et sur un tracé d'une technicité redoutable, les coureurs ont dû puiser dans leurs retranchements pour venir à bout des 88 kilomètres et des 6 137 mètres de dénivelé positif cumulés qui composent cette boucle dantesque entre la France et la Suisse. Cette journée de montagne d'une intensité rare a sacré le talent tactique de Louison Coiffet chez les hommes et a révélé la locale Candice Fertin-Baccon, autrice d'un bel exploit pour son premier ultra-trail, chez elle. Bien entendu, nous avons tous apprécié l'émouvant retour de Xavier Thévenard.
Un profil d'une technicité redoutable sous une chaleur de plomb
Le 90 km du Mont-Blanc n'est pas un ultra-trail ordinaire. Caractérisé par une altitude moyenne supérieure à 2 000 mètres et des passages aériens étroits, le parcours exige de l'expérience et un peu d'assurance sur les sentiers techniques. Les portions enneigées et les pierriers instables y alternent avec des descentes cassantes qui mettent les quadriceps à rude épreuve. En 2026, la difficulté intrinsèque du terrain s'est doublée d'une contrainte climatique extrême. La Haute-Savoie ayant été placée en vigilance jaune canicule, le mercure a rapidement atteint les 31°C dans la vallée, transformant les ascensions exposées en véritables étuves. Le taux d'abandons : 366 sur 1016 partants.
La folle épopée masculine : quarante secondes pour l'éternité
Le départ a été donné à 4h45 face à l'église de Chamonix sous une fraîcheur relative très provisoire de 12°C. Dès les premières pentes menant au Brévent, le peloton d'élite a imprimé un rythme particulièrement soutenu. C’est le Russe Dmitry Mityaev qui a franchi en tête le premier point de contrôle au Brévent (km 9,8) après 1h20'35" de course, suivi de près par un groupe compact d'une dizaine d'unités. À Planpraz (km 12,6), le Français Vincent Esmiol a brièvement pris les commandes en 1h32'29", l'Italien Cristian Minoggio pointant à seulement deux secondes.

Baptiste Chassagne
La course s’est ensuite durcie dans la longue traversée technique vers la frontière suisse. Au passage de La Flégère (km 17,9), Mityaev a repris l'avantage, mais l'écart avec Louison Coiffet et Cristian Minoggio restait inférieur à une seconde. Dans l'ascension majeure vers le Buet (km 28,3), Minoggio a haussé le ton pour s'isoler en tête en 3h00'37", suivi à trois secondes par Baptiste Chassagne et à quatre secondes par Louison Coiffet. L'Américain Ben Dhiman, quant à lui, gérait son effort à quatorze secondes du leader.
C’est au passage de La Villaz (km 35) que la physionomie de la course s'est stabilisée. Louison Coiffet a pris les rênes en 3h40'56", flanqué de Dhiman à une seconde et de Minoggio à trois secondes. Ce trio royal ne s'est plus quitté pendant près de quatre heures, se neutralisant sur les parties techniques entourant le barrage d'Émosson et le col des Posettes. Derrière eux, le Britannique Jonathan Albon, l'un des grands favoris de l'épreuve, concédait du terrain avant de jeter l'éponge, épuisé par le rythme et la chaleur.

Le trio de tête
Le tournant décisif de la course s'est produit au Plan de l'Aiguille (km 80,9), dernière grande difficulté avant de plonger sur Chamonix. Coiffet a produit une accélération brutale dans les forts pourcentages pour s'isoler en tête. Au sommet, il possédait une avance de 1'46" sur Ben Dhiman. Faisant parler ses qualités de descendeur, l'Américain a comblé une grande partie de son retard dans la descente finale, mais Louison Coiffet a tenu bon pour s'imposer sur la Place du Triangle de l'Amitié en 9h37'22". Ben Dhiman a franchi la ligne d'arrivée quarante secondes plus tard en 9h38'02", signant l'un des écarts les plus serrés de l'histoire de l'épreuve sur cette distance. Cristian Minoggio s'est adjugé la troisième place en 9h41'54".
L'analyse du classement révèle une domination outrageuse du trio de tête : le quatrième de l'épreuve, Baptiste Chassagne, a franchi la ligne d'arrivée plus de 25 minutes après le vainqueur. Le top 6 masculin a également mis en lumière une remarquable performance collective française, caractérisée par la présence de trois athlètes prénommés Baptiste aux places d'honneur.
Résultats officiels - Top 5 Masculin

Les voix du podium : souffrance, fair-play et résilience
À l'arrivée, les déclarations des trois protagonistes ont mis en lumière l'intensité psychologique d'un tel affrontement sous des températures caniculaires 1 . Le vainqueur, Louison Coiffet, est revenu sur la gestion de ses moments de doute au cœur de la tempête thermique :
« La course a été très dure. Je n'étais vraiment pas bien au milieu, presque en mode survie. Mais je suis resté au contact car je voyais qu'ils ne prenaient pas beaucoup d'avance. Après ma deuxième place en 2023, je m'étais promis de ne pas finir deux fois deuxième. Cette pensée m'a porté jusqu'à l'arrivée. Les derniers kilomètres étaient incroyables. Courir en tête ici, dans un tel décor, c'est quelque chose d'unique. »
Deuxième après avoir exercé une pression constante sur le Français, l'Américain Ben Dhiman a fait preuve d'un fair-play exemplaire, soulignant la valeur de l'effort collectif :
« Aujourd'hui, j'ai fait une deuxième place et c'est une belle satisfaction. Je suis fier de moi, fier de mon effort, et aussi très heureux pour Louison. Il a livré une grande performance et mérite pleinement cette victoire. »
Cristian Minoggio, quant à lui, a livré une analyse lucide sur sa première expérience sur les sentiers techniques de Chamonix :
« C'est la première fois que je viens sur le 90 km du Mont-Blanc. Je savais que ce parcours pouvait me convenir, avec ses montées raides et ses descentes exigeantes. Il m'a manqué un peu de fraîcheur pour batailler pour la première place, mais je suis content de ma course. »
La sensation Candice Fertin-Baccon : une reine couronnée à domicile
La course féminine a offert la plus grande sensation de cette édition 2026. Citée comme une outsider crédible mais encore inexpérimentée sur la très longue distance, la Chamoniarde Candice Fertin-Baccon a signé un chef-d'œuvre d'endurance en s'imposant en 11h53'31". Ce triomphe s'accompagne d'une incroyable 24e place au classement scratch général absolu, une performance qui démontre la qualité de sa gestion de course face à un plateau international relevé.

Audrey Tanguy, 2ème
La préparation de Fertin-Baccon s'est avérée être un modèle d'adaptation athlétique. Membre de l'équipe de France de ski-alpinisme, elle a accumulé plus de 200 000 mètres de dénivelé positif durant l'hiver, une base foncière exceptionnelle qui lui a permis de surmonter la verticalité du parcours. Durant la première moitié de l'épreuve, elle s'est livrée à un duel intense avec l'expérimentée Audrey Tanguy. Après avoir surmonté un passage difficile caractérisé par des troubles digestifs dans la montée du Châtelard et à la Tête d'Olette, Fertin-Baccon a fait la différence au quarantième kilomètre.
Entrant dans un état de grâce lors de l'ultime section technique, l'athlète de New Balance a littéralement survolé la descente finale vers Chamonix. Derrière elle, Audrey Tanguy a conservé sa deuxième place en 12h12'31" au terme d'un bel effort de résistance, devançant de trois minutes la Russe Ekaterina Mityaeva (12h15'12"). La favorite allemande Katharina Hartmuth, lauréate du MIUT 2026, a échoué au pied du podium à la quatrième place en 12h21'05".
Résultats officiels - Top 5 Féminin

La résurrection du Petit Prince : Xavier Thévenard émeut Chamonix
Au-delà des batailles chronométriques pour la victoire, le moment le plus intense en émotions de cette journée s'est joué à l'arrière des têtes d'affiche. Triple vainqueur de l'UTMB et double lauréat du 90 km du Mont-Blanc (2017 et 2019), Xavier Thévenard effectuait son grand retour à la compétition de très haut niveau après une absence de près de six ans, consécutive à une forme sévère de la maladie de Lyme.
Le retour du Jurassien, notre "Petit Prince du trail ", était attendu par toute la communauté avec une vive émotion. Courant sans objectif de classement mais avec la volonté farouche de mesurer le chemin parcouru vers la guérison, Thévenard a fait preuve d'une science de la gestion de course remarquable sous la canicule. Il a franchi la ligne d'arrivée sous les acclamations nourries du public chamonard, signant une 37e place scratch masculine en 12h44'56". Cette performance monumentale, réalisée avec le sourire et sans souffrance articulaire, valide son retour au premier plan et offre une conclusion lumineuse à l'une des éditions les plus disputées de l'histoire du Marathon du Mont-Blanc.
