Courtney peut-elle encore gagner l'UTMB en 2026 ?

Toujours la Reine

L'histoire du trail running moderne se divise sans doute en deux époques : avant et après l'avènement de Courtney Dauwalter. Athlète hors norme, capable de reléguer ses concurrentes à plusieurs heures de retard tout en s'immisçant régulièrement dans le top 10 masculin, l'Américaine a redéfini les limites de l'endurance humaine. Pourtant, l'année 2025 a agi comme un rappel brutal de la finitude biologique, même pour celle que l'on pensait immortelle. Après une saison marquée par des défaillances gastriques à la Cocodona 250 et une dixième place laborieuse à l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), une question brûlante anime les communautés de coureurs : Courtney Dauwalter peut-elle encore réaliser l'impossible et remporter la Western States et l'UTMB la même année ?

📷 Courtney peut-elle encore gagner l'UTMB en 2026 ? | Toujours la Reine

L'analyse de cette capacité de rebond nécessite de plonger dans la mécanique complexe de sa préparation, l'évolution de sa physiologie à 41 ans et l'émergence d'une concurrence qui n'a plus peur de la "reine". Si 2025 a été l'année des doutes, les performances de Dauwalter sur route en fin de saison suggèrent que la championne n'a pas seulement conservé sa vitesse, elle l'a peut-être même augmentée, ouvrant la voie à une saison 2026 qui pourrait être celle de la rédemption ou de la passation définitive de pouvoir.

Le bilan de 2025 : Une année de vulnérabilité humaine

Pour comprendre l'avenir de Courtney Dauwalter, il faut disséquer les causes de ses difficultés récentes. La saison 2025 avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices. En mars, elle établissait un nouveau record sur le Crown King Scramble 50k en Arizona, prouvant que sa vélocité sur format court était intacte. Cependant, le premier accroc majeur est survenu en mai lors de la Cocodona 250. Menant la course avec une aisance habituelle jusqu'au 108ème mile (environ 174 km), Dauwalter a été contrainte à l'abandon (DNF) suite à des problèmes d'estomac insurmontables.

Ce DNF, bien que rare chez elle, a été le premier signe d'une fatigue systémique ou d'une fragilité gastrique exacerbée par des conditions changeantes. Elle a su rebondir en juin en remportant la Lavaredo Ultra Trail en Italie, l'un des événements les plus prestigieux d'Europe après l'UTMB, couvrant les 120 km en un peu plus de 14 heures. Mais c'est à Chamonix, lors de la grand-messe de l'UTMB en août, que le vernis a réellement craqué.

La débâcle de Chamonix : Les enseignements de la 10ème place

L'UTMB 2025 restera comme l'une des éditions les plus éprouvantes de la décennie. Marquée par des conditions dantesques, pluie battante, neige sur les sommets et vent glacial, la course a poussé les organismes dans leurs derniers retranchements. Dauwalter, fidèle à sa stratégie offensive, a pris les commandes dès les premiers kilomètres, comptant jusqu'à 11 minutes d'avance au passage des 100 km.

Pourtant, dès l'entrée en Italie et le passage de Courmayeur, le visage de la championne a changé. Moins souriante, le regard marqué, elle a vu ses jambes se dérober dans les montées vers le Grand Col Ferret. Dépassée par Ruth Croft puis par Camille Bruyas, elle a sombré physiquement dans le dernier tiers de la course, terminant finalement à la 10ème place en 25:50:38, à plus de trois heures de la gagnante.

Cette contre-performance à l'UTMB a révélé plusieurs failles. D'une part, une sensibilité accrue au froid humide, Dauwalter semblant mieux s'exprimer dans la chaleur sèche des canyons américains que dans la boue alpine. D'autre part, la gestion de l'effort après deux années (2023 et 2024) historiquement denses, où elle a enchaîné les victoires et les records à une fréquence jamais vue.

La mutation vers la route : Un secret pour la Western States 2026 ?

L'un des éléments les plus intéressants pour les analystes de la performance est la transition de Dauwalter vers le marathon de route en fin d'année 2025. Habituellement, les ultra-traileurs de son calibre évitent le bitume, jugé trop traumatisant et éloigné des spécificités du dénivelé. Mais Courtney n'est pas une athlète habituelle.

Cinq semaines seulement après son calvaire à Chamonix, elle s'aligne au Twin Cities Marathon et signe un temps de 2h49 sans préparation spécifique, déclarant avoir couru "pour le plaisir". Mais c'est en décembre 2025 qu'elle marque les esprits au California International Marathon (CIM) avec un bon chrono de 2:38:55. Ce temps la place à une encablure des minima pour les sélections olympiques américaines, une performance inouïe pour une athlète de 40 ans dont le corps a encaissé des milliers de kilomètres de sentiers techniques.

L'implication stratégique de la vitesse de base

Pourquoi cette perf sur marathon est-il un indicateur crucial pour 2026 ? La Western States 100, doyenne des courses de 100 miles, est réputée pour être "roulante". Malgré son dénivelé, la clé du succès réside souvent dans la capacité à courir vite sur les sections plates et descendantes du dernier tiers de course.

En développant une vitesse de base de 2h38 au marathon, Dauwalter s'offre une marge de manœuvre que peu de ses rivales possèdent. Si elle parvient à transférer cette efficacité biomécanique sur les sentiers, elle pourrait non seulement viser la victoire en 2026, mais également s'attaquer à son propre record du parcours de 15:29:33. Sa préparation hivernale sur route suggère une volonté de ne plus seulement compter sur son mental d'acier, mais sur une puissance moteur renouvelée pour contrer l'agressivité des nouvelles venues.

Katie Schide : L'ombre de la nouvelle reine

Le principal obstacle à un retour triomphal de Dauwalter porte un nom : Katie Schide. L'année 2025 a été celle de la consécration totale pour Schide, élue UltraRunner of the Year pour la deuxième année consécutive et lauréate des Lauriers du Trail. Victorieuse à la Hardrock 100 en établissant un record stratosphérique (25:50:23), elle a également remporté l'or aux Championnats du Monde de Trail Long en Espagne avec une domination outrageante.

Schide représente une approche plus "européenne" et scientifique du trail : installation dans les Alpes françaises, optimisation méticuleuse du matériel, et une gestion de course d'une précision chirurgicale. Contrairement à Dauwalter qui court aux sensations, Schide semble avoir décrypté le code de la performance absolue sur 100 miles. En 2024, elle a effacé le record de Courtney à l'UTMB, et en 2025, elle a fait de même à la Hardrock 100.

Le choc des titans à la Hardrock 2026

Le calendrier 2026 promet un duel historique. Les deux femmes sont confirmées au départ de la Hardrock 100 en juillet 2026. Ce sera leur première confrontation directe depuis 2023. Ce duel est d'autant plus symbolique que Dauwalter fêtera ses 41 ans face à une Schide de 34 ans, en pleine possession de ses moyens.

Si Dauwalter veut prouver qu'elle peut encore gagner l'UTMB et la Western States, elle devra d'abord passer le test de la Hardrock. Une victoire face à Schide sur les sentiers escarpés du Colorado enverrait un message clair au monde du trail : l'année 2025 n'était qu'un accident de parcours.

Physiologie et longévité : L'énigme des 40 ans

La science du sport a longtemps suggéré que le pic de performance en ultra-endurance se situait entre 30 et 35 ans. Cependant, des athlètes comme Ludovic Pommeret, vainqueur de la Hardrock 100 à 50 ans en 2025, repoussent sans cesse ces frontières. Dauwalter, avec ses 41 ans en 2026, entre dans cette catégorie des "maîtres" de la discipline.

Son approche intuitive, souvent critiquée par les partisans de l'entraînement structuré, pourrait être la clé de sa longévité. Elle ne suit pas de plan rigide, préférant commencer chaque journée par un "check-up" mental et physique autour d'un café, adaptant son volume kilométrique à ses envies. Cette flexibilité lui a permis d'éviter les blessures majeures pendant près de dix ans, une prouesse dans un sport où le surentraînement et les fractures de fatigue sont légion.

Le facteur mental : Le "Pain Cave" reste-t-il accessible ?

La plus grande force de Dauwalter a toujours été sa capacité cognitive à gérer la souffrance. C'est en tout cas le concept qu'elle aime développer. Elle a popularisé le concept de la "Pain Cave" (la cave de la douleur), un lieu mental où elle s'enferme pour continuer à avancer quand le corps hurle d'arrêter.

Cependant, la question se pose : le mental peut-il indéfiniment compenser un corps qui récupère moins vite ? En 2025, lors de l'UTMB, son mental était bien présent, elle a refusé d'abandonner malgré la douleur physique intense, finissant 10ème par pure détermination, mais la carrosserie ne suivait plus. Pour 2026, l'enjeu sera de s'assurer que sa préparation sur route n'a pas entamé sa capacité à absorber les chocs verticaux répétés propres aux sentiers techniques de Chamonix.

Analyse du calendrier 2026 : Le chemin vers le doublé

Peut-elle réellement gagner la Western States et l'UTMB la même année en 2026 ? L'analyse de son programme prévisionnel offre des indices.

Le défi est immense. Récupérer d'une Western States (fin juin) pour gagner une Hardrock (mi-juillet) puis un UTMB (fin août) relève de la science-fiction pour 99 % des athlètes. Dauwalter l'a déjà fait en 2023, mais elle avait alors 38 ans. À 41 ans, chaque cycle de récupération est plus précieux.

Pronostics : Les scénarios possibles

Scénario A : La résurrection (Probabilité : 40 %)

Portée par sa nouvelle vitesse de marathonienne, Dauwalter arrive à la Western States avec un moteur surpuissant. Elle domine la course et bat son propre record. Elle gère ensuite la Hardrock intelligemment (podium) pour tout donner à l'UTMB où sa science de la course et sa résilience mentale font la différence face à une Katie Schide qui pourrait avoir trop donné en début de saison.

Scénario B : La passation de pouvoir (Probabilité : 45 %)

Dauwalter reste compétitive mais ne parvient plus à contrer la précision de Katie Schide ou la fraîcheur de nouvelles concurrentes comme Fuzhao Xiang ou Ruth Croft. Elle finit sur les podiums de la Western States et de l'UTMB, confirmant son statut de légende, mais les victoires lui échappent. Elle devient la "marraine" de la discipline, toujours présente mais plus imbattable.

Scénario C : L'usure physique (Probabilité : 15 %)

Les efforts combinés de la route et des ultras XL finissent par provoquer une blessure ou une fatigue chronique. Dauwalter doit alléger son calendrier et renoncer à l'un des deux objectifs majeurs pour se préserver.

Conclusion : L'irréelle championne n'a pas dit son dernier mot

L'année 2025 de Courtney Dauwalter n'était pas une chute, mais une transition. En acceptant de descendre de son piédestal à l'UTMB pour franchir la ligne d'arrivée en 10ème position, elle a montré une grandeur d'âme qui a forcé le respect de ses pairs, à commencer par Ruth Croft qui continue de la qualifier de "GOAT".

Son incursion réussie sur marathon (2h38) est le signal le plus fort envoyé à la concurrence. Elle a compris que dans un sport qui se professionnalise et s'accélère, la force brute et le mental ne suffisent plus : il faut de la vitesse pure. Si Courtney Dauwalter parvient à marier son expérience millénaire des sentiers avec sa nouvelle puissance aérobie, le doublé Western States / UTMB est non seulement possible, mais il pourrait être le plus bel accomplissement de sa carrière.

En 2026, l'enjeu ne sera pas seulement de gagner des courses, mais de prouver que la passion et l'intuition peuvent encore triompher de la science et de la jeunesse. Pour Dauwalter, le voyage compte autant que la destination, et après une année 2025 de "système check", la machine semble prête à redémarrer pour un tour de piste mémorable.

 

Pour terminer, n'hésitez pas à vous inscrire à ma newsletter gratuite où je partage toute l'actualité autour du trail, les nouveautés matos, mes derniers tests et autres conseils. J'offre également mon analyse sur le sujet de la chaussure d'Ultra-Trail C'est ici.